Danitsa, l’Ego de la capitaine

La Suisse compte une nouvelle étoile dans son firmament musical : Danitsa.

Sophia Bischoff - 2018-02-20
Danitsa, l’Ego de la capitaine - © srhsqn
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Fin novembre 2017, la Suisse est témoin de la naissance de Ego, premier album de Danitsa, une Genevoise au tempérament musical bien trempé. Après un parcours au pas qui ne connaît pas l’urgence, d’abord mené à Paris, sa ville natale, puis en Suisse où elle a posé ses valises en 2006, Danitsa sort des confins de l’underground avec une proposition que l’on aurait pu estampiller « melting-pot accompli ». Créé avec le producteur Vie d’Ange, Ego regorge de seize morceaux qui explorent le verbe du girlpower, de la quête intérieure ou de la critique sociale. Seize chapitres qui nous font presque faire le tour du monde en cinquante minutes.

 

Une identité plurielle

Jointe par téléphone, Danitsa explicite le titre de son opus : « La première fois que j’ai rencontré Vie d’Ange, je lui ai demandé ce qu’il pensait de moi. Il m’a dit qu’il avait entendu dire que j’avais un ego surdimensionné. Je suis rentrée chez moi et j’y ai réfléchi toute la nuit. Je n’ai pas un tel ego, mais je me suis rendu compte que dès que tu partages tes rêves et tes ambitions avec les gens, ils pensent automatiquement que tu as la grosse tête. J’ai décidé d’appeler mon album Ego pour montrer que l’ego est une force et non pas de l’arrogance. » L’opus assemble hip-hop, électro, soul et reggae à des influences d’Amérique Latine et d’Afrique. Et ce n’est pas un hasard. Congo, Tchad, Serbie, Espagne et France : tels sont les drapeaux qui constituent l’identité métissée de Danitsa.

Jeudi 1er février, Danitsa s’est illustrée sur la scène de l’atypique festival genevois Antigel. Grande prêtresse de son art, la musicienne déborde d’énergie. Une énergie si communicative qu’elle transperce l’épaisse masse de fumée qui règne sur scène. Son flow, précis d’obédience jamaïcaine, emporte l’audience qui se relâche. « Quand j’enregistre un morceau, une mélodie et un flow naissent dans ma tête. Je ne cherche pas à travailler mon flow pour qu’il prenne une certaine forme, c’est uniquement mon âme qui s’exprime. Mon père est le producteur de reggae Skankytone. Je pense qu’il a fait naitre une petite jamaïcaine en moi qui s’exprime dans mon flow. »  

 

Une personnalité inspirante

Même si c’est une qualité qu’elle n’a pas cherché à ériger en porte-drapeau de son univers, on ne peut s’empêcher de voir en Danitsa l’une des lueurs de féminisme dans ce monde si masculin qu’est le hip-hop. « Je ne me suis jamais demandée qu’elle était ma place en tant que femme dans ce milieu. Je fais de la musique pour moi et pour la partager aux autres. Je n’essaie pas d’être en concurrence avec les autres artistes masculins du hip-hop. Je ne me demande pas si, en tant que femme, je vais y arriver. Il faut foncer. C’est comme cela qu’on y arrivera. Les gens pensent que pour être une femme, tu dois être une bimbo ou montrer tes seins pour avoir plus de notoriété. Je veux que les gens m’écoutent pour ma voix et non pas pour mon physique. Si j’ai envie de mettre une salopette ou un décolleté, je suis libre de le faire. Il y a de plus en plus de jeunes femmes qui viennent à mes concerts. Si je peux les inspirer, c’est le plus beau cadeau que je puisse recevoir. »

Au fil des titres, Danitsa ne fait que renforcer l’engouement du public d’Antigel. Esquisses de pas de danse, hochements de tête et manifestations vocales de stupeur alors que l’artiste passe du chant au rap d’une transition subtile résument les impressions de cette audience. Secondée par son petit frère, Mr. Pops, qui prend également le micro sur scène, Danitsa crée une atmosphère à la fois mystique et fédératrice, et propulse la confiance qui émane de son aura aux quatre coins du lieu. Nulle autre place ne lui siérait mieux que celle de l’instant. Le qualificatif ressort particulièrement sur Captain. « J’ai écrit ce titre à une période de ma vie où j’avais l’habitude de suivre l’avis des autres. Je me suis alors dis que je devais être le propre guide de ma vie. Captain symbolise l’au revoir aux mauvaises vibrations et connaissances qui m’entouraient à l’époque. C’est devenu mon hymne. » 

 

Le vent en poupe

Depuis sa sortie, Ego ne cesse de faire parler de l’artiste. Après avoir conquis le paysage radiophonique et la presse écrite suisse romande, Danitsa a remporté un Swiss Music Award dans la catégorie Best Act Romandie, le 9 février dernier, et a déjà fait ses marques au-delà du Röstigraben. « Après le vernissage à l’Usine de Genève, on en a fait un au Longstreet Bar de Zurich. C’était incroyable. J’avais vraiment peur. Je ne savais pas si j’avais un public suisse-allemand. Au final, la salle était pleine à craquer. »

Une reconnaissance méritée pour un album qui marquera à coup sûr le paysage musical helvétique d’une clé de sol multicolore. 

Danitsa, Ego, Evidence Music

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