Bericht

La diversité ce n’est pas que pour les plantes

Un très beau livre-hommage aux ateliers d’ethnomusicologie vient saluer les 35 ans d’existence de cette institution mythique.

Elisabeth Stoudmann, 2018-07-03
La diversité ce n’est pas que pour les plantes - ©Jonathan Watts
©Jonathan Watts
La diversité ce n’est pas que pour les plantes - ©Isabelle Meister
©Isabelle Meister

A l’heure où Laurent Aubert, fondateur des Ateliers d’ethnomusicologie prend sa retraite, à l’heure où cette institution majeure des musiques du monde fête ses 35 ans d’existence, paraît un très beau livre, signé Arnaud Robert, Genève aux rythmes du monde. Un livre qui fait du bien, un livre qui arrive à point nommé pour montrer que la Suisse a une place à prendre en tant que carrefour géographique et culturel.

« Maison des cultures, des peuples et des identités mouvantes », les Ateliers d’ethnomusicologie ont installé leurs QG dans une petite impasse tout près de la gare Cornavin à Genève. Genève ville internationale, mais Genève où cohabitent aussi quelque 190 nationalités. Il suffit de monter dans un bus et d’ouvrir ses oreilles pour constater que la Cité de Cavin s’est transformée en tour de Babel. En s’achoppant aux musiques du monde, les Ateliers d’ethnomusicologie ont retranscrit à leur manière cette diversité culturelle mondiale et locale.

 

Khaled Arman, Hossein Arman (à gauche) et l'Ensemble Kaboul ©Isabelle Meister

 

 

Du rubab aux djembés 

Le livre d’Arnaud Robert montre magnifiquement ce monde tentaculaire en seize chapitres où se côtoient et se répondent à quelques pages d’intervalle le célèbre percussionniste indien Zakir Hussain et le joueur irlandais de lyre crétois Ross Daly, Khaled Armand, maestro d’un rubab qu’il a façonné à sa meseure, Parvathi Baul, chanteuse du Kerala, Vincent Zanetti, percussionniste valaisan éperdu d’Afrique de l’Ouest.

Par la voix de leurs pairs ou de leur entourage sont évoqués aussi ceux qui ne sont plus là, mais qui ont marqué l’histoire du lieu : le percussionniste Soungalo Coulibaly, Dumitru Cacuricà Baicu ou Nicolae Neacsu (du Taraf de Haïdouks), Ali Akbar Khan et bien d’autres…

 

Ceux qui rendent les musiques possibles

Tentaculaire enfin le dispositif mis en place par les Ateliers d’ethnomusicologie : il y a les concerts bien sûr, mais aussi l’école dans laquelle interviennent pour la plupart des profs en exil, les cahiers d’ethnomusicologie (une revue scientifique de référence) et les disques. Enfin, le stage A la Croisée des Cultures, rendez-vous mythique annuel au début de l’été prévu comme un espace de découverte de l’autre et un lieu où « les cultures orales communiquent naturellement entre elles » selon sa responsable Astrid Stierlin. Il ouvrira ses portes dans quelques jours dans les locaux des ateliers et alentours.

Le livre d’Arnaud Robert est beau, de sa couverture - qu’on dirait en bois - à son contenu qui a préféré la forme du récit évocateur à celui du discours historique. Partant de Genève, il nous fait voyager dans le monde entier. Un livre à lire cet été pour vous redonner espoir en l’humain via la musique, via les musiques. Car comme le dit si bien l’ancien maire de Genève, André Vaissade, allié historique des ateliers d’ethnomusicologie « la diversité ce n’est pas que pour les plantes ».

 

Arnaud Robert, Genève aux rythmes du monde, une histoire des ateliers d’ethnomusicologie, Editions Labor et Fides, 247 pages.

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