Interview, Release

Bombers, synth drum’n pop

Après Honey For Petzi, en parallèle à Larytta, voici Bombers. Entretien avec Christian Pahud, qui signe ce bel album en duo avec Michel Blanc.

Julie Henoch - 2018-02-15
Bombers, synth drum’n pop - ©Patrick Gilliéron Lopreno
©Patrick Gilliéron Lopreno
Bombers, synth drum’n pop -
Bombers, synth drum’n pop -

« Le projet est né sur scène, ça devait être un one shot pour une carte blanche au Festival Impetus il y a quelques années. Il y avait Michel Blanc et moi-même et quelques membres de Honey For Petzi qui nous ont rejoints sur scène. On a mixé avec notre ingé son Jeremy Conne ; la pochette a été réalisée par l’artiste Francis Baudevin, qui nous a montré un soir des dessins assez bruts qui n’avaient rien à voir avec ce qu’il fait d’habitude, et on trouvait dommage de ne pas les montrer.... C’est comme ça, c’est les copains quoi », m’explique Christian Pahud, batteur, compositeur et plasticien devenu légendaire au sein de la scène rock lausannoise. M/W, ce premier album du duo Bombers, est une alternance d’instrumentaux synthétiques et de chansons pop soutenus par de solides rythmiques post rock. 

 

Christian Pahud, un des nominés au Grand Prix Suisse de Musique 2015, déjà initiateur du groupe de rock Honey For Petzi et du groupe d’électro Larytta, co-signe les compositions de Bombers avec Michel Blanc. Ce dernier est un multi-instrumentiste, discret mais incontournable, que l'on retrouve entre autres dans Sinner DC ou Brazen. « On chante tous les deux, quand c’est mieux, c’est lui ». En renfort, à la batterie, Mark Blakebrough, aussi de Brazen : « J’avais envie de travailler avec un batteur que j’aime. On a un style de jeu assez similaire, plutôt rock, assez fort. C’était aussi histoire de pouvoir faire autre chose ». C’est-à-dire essentiellement des claviers : « pas mal de synthés vintage, du Wurlitzer, des Moog, de l’eurorack, un peu de tout en fait… dont beaucoup de Clavinet - ce clavecin électronique très connoté funk et reggae - mais joué autrement. »  

Il aura fallu au duo plus de cinq ans pour « prendre le temps de faire » cet album énergique, aux textures recherchées et chansonnettes entêtantes, tout en jeux de références : « Sans véritable nostalgie toutefois, ni d’ailleurs de révolution, hein » reprend le batteur polyvalent. « Depuis la fin des années 80 nous n’avons pas vraiment changé de paradigme musical. Il y a eu des gens comme Stockhausen, Morton Subotnik, ou plus tard Aphex Twin, qui ont créé de nouveaux espaces sonores inouïs, là on est encore dans un recyclage permanent, une prolongation post-moderne, il faut croire qu’on n’a pas encore fait le tour. (…) Ça me fascine, cette question de l’entrée de la musique dans la modernité, ce rapport entre musique et technologie. L’enregistrement est une immense avancée, et puis il y a eu celle de pouvoir créer des sonorités impossibles, illogiques acoustiquement. Quand Frank Sinatra susurre sur un orchestre ultra puissant, c’est génial. » 

Christian Pahud reste cependant convaincu - tout comme l’une de ses idoles Brian Eno - qu’il n’y a jamais eu autant de bonne musique qu’aujourd’hui. « La grosse difficulté est de parvenir à sélectionner, d’avoir assez d’espace dans le cerveau pour faire le tri sur tout ce qui sort ». Que recherche donc ce musicien autodidacte, mi-plasticien, mi-professeur, « totalement dispersé », dans cette multiplicité et toutes ses activités ? « Je cherche à m’occuper ! J’ai besoin de remplir, peur de m’ennuyer, mais je me soigne en tentant de faire moins. » Ainsi, Bombers fera « quelques dates chouettes ici et là, sélectionnées, pas de tournée », avant que Christian Pahud ne reparte à l’aventure en solo, dans une formule « très électronique », dès l’automne.

 

Bombers, MW, Vitesse records, Distribution Irascible.

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