Premier opus magistral pour Egopusher

Egopusher, le duo constitué du violoniste Tobias Preisig et Alessandro Giannelli, ont recours à l’électronique pour créer une bande-son mélancolique.

Debra Richards - 2017-11-28
Premier opus magistral pour Egopusher -

L’ouverture vers un public indé

La musique instrumentale est autant porteuse d’histoires que la musique avec textes. La mélodie, les changements d’accords ou d’accents, les tonalités ont un effet chimique sur notre imagination. Le meilleur morceau du premier opus d’Egopusher, Blood Red, offre à l’auditeur l’espace à la rêverie. Il lui permet d’inventer les scénarios de ses propres films.

Le violoniste Tobias Preisig et le batteur Alessandro Giannelli utilisent l’électronique, les pédales d’effet pour régénérer le violon et le rendre branché. Tous deux font partie d’une scène foisonnante qui s’adresse à un public alternatif ou indé. Cela étant, pour cet album, le duo s’est concentré sur les atmosphères et le lyrisme et n’a pas voulu faire sonner le violon comme un instrument de rock, un écueil sur lequel beaucoup d’autres se sont cassés les dents.

 

Je m’imagine que le réalisateur Kieslowski est de retour sur terre

William est un bon exemple de la tendresse que le violon peut exprimer. Ce morceau s’enchaîne avec Jennifer (William Part II) et s’enroule dans des beats, ce qui approfondit son intensité, comme s’il se laissait entraîner dans un champ digital dansant. Des morceaux comme celui-ci ou comme l’ascendant Patrol doivent être particulièrement percutants sur scène.

 

Mais c’est Flake et Blur qui m’ont séduite. En ayant recours à un style qui rappelle la musique synthétique des années 80, ces deux pièces sont à la fois crues et élégantes. Elles évoquent presque une ambiance d’Europe post-communiste. Je m’imagine le retour de Kieslowski sur terre pour nous raconter l’histoire d’un jeune couple. Alors que Preisig tire des notes de son violon électrifé, le jeune homme et la jeune fille regardent la vitrine d’un magasin. La vitre est dure et froide et l’image qu’elle leur renvoie les frappe en retour ; c’est eux contre un monde vieux et amer. Alors que le tambour sourd de Blur gagne en intensité, balayant les sons des claviers et la mélodie répétitive du violon, le couple se met à courir, toujours plus rapidement.

Les éléments de la batterie rock, de la basse électro et du violon ne sont pas toujours en symbiose, mais les synthés et les refrains au violon fonctionnent vraiment bien. Le jeu de Preisig est toujours toujours magistral, y compris quand il se risque à utiliser des éléments de folk appenzellois, sa région natale. J’adore aussi quand, dans un morceau simple et profond comme Auf der Mauer, les roulements électroniques de Gianelli volent en éclats alors que la mélodie se perd dans la mélancolie.

Prelude est bien sûr le morceau final de l’album de ce duo non dénué d’humour. Au-delà de la triste beauté de Blood Red, on perçoit une lueur ludique et un sourire taquin.

 

Egopusher, Blood Red (album sur bandcamp),  www.egopusher.com

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