Portrait & Reportage

Trésors musicaux romands 3: La Chaux-de-Fonds

Cet été, swissmusic.ch part à la rencontre de lieux musicaux inhabituels de Suisse romande. Troisième étape: la salle de musique de la Chaux-de-Fonds.

Julie Henoch - 2018-08-23
Trésors musicaux romands 3: La Chaux-de-Fonds - ©Aline Henchoz
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Trésors musicaux romands 3: La Chaux-de-Fonds -
Trésors musicaux romands 3: La Chaux-de-Fonds - ©Aline Henchoz
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« Un bijou », « une merveille », « un miracle ». Les superlatifs manquent aux mélomanes pour qualifier l’acoustique de la Salle de Musique de la Chaux-de-Fonds. Un projet fou initié dès 1925, inauguré en 1955, et restauré en 2015.

 

Un lieu mythique

Sise dans le paysage culturel foisonnant de la Chaux-de-Fonds, adjacente au charmant théâtre de l’Heure Bleue, la façade ne paie pas de mine, et l’on peut facilement déambuler sur le POD  –  petit nom fleuri de la grande Avenue Léopold-Robert qui traverse la ville de part en part – sans remarquer les lettres majuscules qui y inscrivent sobrement : « Salle de musique ». Les mélomanes avertis et les professionnels le savent bien, les autres un peu moins : il s’agit de l’un des plus beaux écrins acoustiques du monde. Depuis plus de 60 ans, les artistes de musique classique de renommée internationale (Rostropovich, Rubinstein, Ton Koopman…) viennent y donner des concerts, et les plus grandes maisons de disques l'utilisent pour y faire des enregistrements de prestige, comme Martha Argerich, Renaud Capuçon, ou encore Keith Jarrett, pour n’en citer que quelques-uns. S’y trouverait également, selon les dires de nombreux musiciens, l’un des meilleurs pianos, « une huitième merveille du monde », un grand Steinway minutieusement choisi, entretenu et équilibré en fonction du lieu.

Mais la Salle de musique n'est pas réservée à la musique savante, puisqu’elle a été adoptée, dès sa création, par les sociétés locales. C’est aussi ce qui en fait la force et la particularité. Elle est un lieu de consécration, mais aussi de rencontres d’envergure au cœur de la ville, puisqu’elle est dotée de 1187 places, et accueille tant les chorales environnantes que diverses démonstrations populaires. Aujourd’hui, elle appartient pour moitiés équivalentes au TPR (Théâtre Populaire romand) et à la Ville de la Chaud-de-Fonds.

©Aline Henchoz

Le fruit d’une tradition 

Comment se fait-il qu’une petite ville comme la Chaux-de-Fonds, nichée dans les montagnes neuchâteloises, au milieu du siècle dernier, songe à se parer d’un tel bijou ? L’histoire parle d’une suite logique, celle de la tradition de concerts « sérieux » mise en place par la Société de Musique dès 1893, qui fit venir, entre autres, le compositeur Camille Saint-Saëns dans les montagnes neuchâteloises. On dit aussi qu’au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la bourgeoisie chaux-de-fonnière voulait démontrer que la métropole horlogère pouvait également être un haut lieu culturel. Que cette acoustique parfaite est loin d’être le fruit du hasard, puisqu’elle est née d’une extraordinaire conjugaison de talents, à la fois des membres de la haute bourgeoisie et d’une municipalité de gauche, mis en œuvre dès le départ, et que certaines archives révèlent une élaboration minutieuse et pour le moins rocambolesque. Les murs, les sièges, les boiseries en noyer des parois, un plafond gauffré, tout a été soigneuseent étudié pour faire de cette salle un instrument de musique à part entière, un lieu sobre mais classieux dédié à la musique. 

 

Question d’acoustique

Mais que représente une si bonne accoustique ? Un temps de révérbération parfait, d’environ 2 secondes à vide, et de 1,6 seconde lorsque la salle est pleine, avec un équilibre très régulier entre basses, moyennes et hautes fréquences. Ou plus simplement, selon le grand théoricien de l’acoustique américain Leo Leroy Beranek qui, en 1962, a recensé les cinquante-quatre meilleures salles de musique du monde et fait figurer celle de la Chaux-de-Fonds dans son ouvrage : « une salle où l’on peut entendre une aiguille tomber sur scène où que l’on se trouve dans le public. »

 

Grands travaux

En 2015, la salle de musique a dû être restaurée pour répondre aux nouvelles normes de sécurité en vigueur. Il planait sur ces travaux la crainte de péjorer son acoustique si particulière. Ainsi, comme lors de sa construction, une multitude de considérations et de savoir-faires ont été mobilisés afin de respecter de hautes exigeances musicales. Plusieurs millions ont été nécessaires, une recherche de fonds qui a notamment été parrainée par le célèbre chef de chœur Michel Corboz, l’un des nombreux amoureux de la salle. Aux dires de tous, c’est pari gagné. Ce fût encore une fois une vraie épopée, qui a été soigneusement documentée dans l’excellent ouvrage des historiennes Yvonne Tissot et Marikit Taylor « La salle de musique de la Chaux-de-Fonds, un lieu et une acoustique d’exception » paru aux éditions Alphil fin 2017. Truffé d’anecdotes et d’archives, on y découvre que le remplacement des chaises fût l’enjeu majeur, puisque changer leur texture risquait de modifier considérablement l’équlibre de l’ensemble. Pour l’anecdote, fort jolie, on fit appel au même fabriquant qui, toujours en activité, utilisa le même tissu et travailla d’arrache-pied à trouver un rembourage moderne adéquat, répondant aux normes incendies modernes.

La Salle de musique rénovée: le miracle de l'acoustique préservé

 

La Salle de musique continue ainsi aujourd’hui à résonner – si l’on peut dire -  et à accueillir dans son atmosphère d'harmonie et de tranquillité, « la grande série » de concerts de la Société de musique, qui vient tout juste de fêter ses 125 ans.

 

A lire : "La Salle de musique de La Chaux-de-Fonds. Un lieu et une acoustique d'exception". Edition Alphil, Neuchâtel, 2018 

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