Un trio à haute tension

Portraits

Rights, le dernier album de Schnellertollermeier, consacre la renommée internationale du trio.

Debra Richards - 2018-01-11
Un trio à haute tension - Schnellertollermeier ©Jean-Marc Guétat
Schnellertollermeier ©Jean-Marc Guétat
Un trio à haute tension - David Meier @Jean-Marc Guétat
David Meier @Jean-Marc Guétat
Un trio à haute tension - Manuel Troller ©Roshni Gorur
Manuel Troller ©Roshni Gorur

Un combat audacieux et radical

Je suis censée faire la critique du dernier album de Schnellertollermeier, Rights, mais au lieu de cela je vais vous faire remonter le temps jusqu’en mars 2016 dans un petit espace sur le bord de la Tamise en face du Parlement de Londres. Nommé Iklectik, c’est une chambre blanche, basique. Pas de scène ou de projecteurs avec filtres de couleur. Les sièges sont des bancs d’école ou des chaises. Un groupe du nom de Schnellertollermeier y est annoncé. Je suis venue assister à ce concert car j’avais interviewé le guitariste Manuel Troller et ce fut l’une de ces conversations magiques où nous nous sommes perdus avec délectation dans un tourbillon d’idées. Brillant et ouvert, le guitariste lucernois m’expliquait que son défi était de faire sonner un trio avec guitare comme quelque chose de complètement différent.

J’écoute leur dernier enregistrement, Rights, puis X (paru en 2015) et Zorn (paru en 2010 et dont le titre en dit long) et je réalise à quel point ils ont atteint leur but. Le jeu entre David Meier (batterie), Andi Schnellmann (basse) et Manuel Troller part de quelque chose de familier pour atteindre peu à peu une dimension unique et intense, un peu comme des bêtes qui s’affronteraient avec leurs cornes, poussant et tirant chacun de leur côté. Un combat audacieux et radical. 

 

Un fan club qui ne cesse de grandir

Pour revenir à cette soirée de 2016, je me revois assise, mais bougeant dès le début du set. Les motifs subtilement répétitifs, les beats afro délicates et les hausses de tension me rechargeaient sans cesse. Plus les chaînes de notes et de rythmes étaient serrées, plus les vagues d’énergie se renforçaient, plus je me sentais libre. Je me retenais de bouger, ce qui aurait été embarrassant dans un espace aussi confiné… Mais je voyais que d’autres gens autour de moi, étaient eux aussi pris par la musique. L’un d’entre eux étaient Tony Dudley-Evans (directeur du Cheltenham Jazz Festival qui vient de remporter en octobre dernier le Jazz Award du Parlement du Royaume Uni pour son engagement dans le jazz). Nous avons échangé avec enthousiasme et je me rappelle avoir alors décrit le groupe comme une réaction chimique plutôt que comme un trio de jazz.

On ne sait jamais ce que peut amener un « petit » concert. Tony Dudley-Evans a programmé Schnellertollermeier cette année au Cheltenham Festival et les réactions du journal The Guardian, entre autres, ont été enthousiastes. J’ai assisté au travail de répétition à Lucerne de l’album Rights et j’ai revu le groupe au EFG London Jazz Festival en novembre 2017. Je me suis même retrouvée derrière leur table de merchandising pour leur donner un coup de main. Mais j’ai dû abandonner ce job pour aller danser, car, comme je le disais, je ne résiste pas à ce groove sous haute tension. Pour mon plus grand plaisir, je n’étais à nouveau pas la seule… Cette soirée leur a valu quelques fans. Je le sais car j’ai parlé avec eux.

 

Intelligent, intriguant et joyeux

La répétition dans la musique a toujours été un attrait pour moi. Le compositeur Thomas Adès dit « Si tu joues une note deux fois de suite, elle va sonner différemment, parce que l'écoute de la seconde note est influencée par les sensations procurées par l'écoute de la première ». Il y a un côté physique dans la répétition un peu comme lorsque l’on frotte continuellement deux bâtons ensemble et que l’on obtient une étincelle. En musique, c’est quand cela échappe au contrôle du mental. Je me rappelle DJ Louis Vega jouant Plastic Dreams de Jay Dee à quatre heures du matin dans un club, un morceau répétitif avec très peu de changements et des enchaînements sexy. J’ai littéralement dansé jusqu’au ciel, ou du moins c’est l’impression que j’ai eue alors…

Wikipedia indique que la musique répétitive inclut les genres suivants: minimalisme, krautrock, disco, house, techno, certaines des compositions de Stravinski, ambient dark, black metal… On croirait lire une description de la musique de Schnellertollermeier… Je ne vais pas mettre plus de mots sur leur musique  - achetez l’allbum, écoutez-le fort et allez les voir en concert – vous comprendrez ! Et surtout ne sous- estimez pas l’impact qu’une musique aussi intelligente, intriguante, énergisante et joyeuse peut avoir sur le monde dans lequel nous vivons !

Schnellertollermeier, Rights (Cuneiform Records)www.schnellertollermeier.ch

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