Hummus Records, de fil en aiguille

Rittrati, Etichette

Dans un esprit de famille rigolarde, le label mène agilement sa barque, le vent en poupe. Rencontre avec Jonathan Nido, tête de proue d’Hummus Records

Julie Henoch - 2019-05-02
Hummus Records, de fil en aiguille - L'antre d'Hummus Records ©Coilguns
L'antre d'Hummus Records ©Coilguns

C’est un dédale, vraiment presque un labyrinthe, sombre et chargé, de cartons de disques, de t-shirts à plier, de trucs à tamponner, emballer, envoyer. Au fond, il y a trois locaux, de répète et d’enregistrement, un rien crado et rigolo comme on les aime. Jonathan « Jona » Nido, tête de proue d’Hummus Records, entretient un lien ténu avec les aiguilles : celle des tatoueurs, à première vue, et celle des gramophones, bien sûr, avec lesquels on pourrait croire qu’il a été vacciné. Un vrai raconteur d’histoires, la verve fleurie et les yeux qui pétillent.

Alors, ce label, un terreau fertile ? « Ah non, c’est poétique, mais nous c’est Hummus avec deux « m », la crème de pois chiche… On a aussi une collection de 7 pouces qui s’appelle Tahini. C’est bien bête, et ça c’est typiquement nous : cette propension qu’on a à se faire dépasser par nos conneries… » Il faut dire que le petit label chaux-de-fonnier traverse une période faste : l’excellent premier album d’Emilie Zoé, sorti le 9 novembre, The very start, cartonne ; et Coilguns, le groupe dans lequel Jonathan Nido officie en tant que guitariste - aux côtés, entre autres, de la version énervée de Louis Jucker - ne cesse de tourner. Un fil rouge ? « on s’aime bien tous… ». Un enthousiasme parfois compliqué à canaliser. « Ce label est la conséquence d’un processus humain. C’est comme une famille. On a plein d’huile de coude, et vraiment beaucoup bossé, au début sans vraiment savoir ce qu’on faisait. » 

 

EMILIE ZOE - Tiger Song

 

Funk the system

En 7 ans d’activité, Hummus Records a sorti 67 disques, parfois à coup de quinze à vingt par an, c’est dire. « Au départ, on a simplement créé ce label pour pouvoir sortir nos propres disques dont personne ne voulait. Puis on s’est retrouvé avec des tas d’albums de groupes de potes dont personne ne voulait, qui venaient avec leurs produits finis, et on y mettait simplement notre logo. » Une période de surchauffe et une restructuration plus tard, il s’agit dorénavant de canaliser toute cette énergie sur certains groupes seulement, et trouver un bon rythme de croisière. La grande force d’Hummus Records ? Être parvenu à développer un microcosme autonome, amical et soudé, et hyper motivé. Le label a su se doter d’un excellent réseau de distribution international, et utilise une manne financière originale : Indago, une structure associative entre micro-banking et management, supervisée par un comité, à laquelle les groupes qui en font partie contribuent au quotidien afin d’y piocher liquide et savoir-faire au bon moment, à tour de rôle. Les artistes d’Hummus Records sont donc propriétaires, à la fois de l’argent qu’ils-elles ont investi, grâce à Indago, mais aussi de leurs disques, grâce au fonctionnement du label, qui fait essentiellement office de plaque tournante, offrant du consulting à ses artistes qui restent autonomes, et se remboursent donc rapidement sur les ventes.

 

LOUIS JUCKER - Seagazer

 

Control freaks

« Le DIY (Do it yourself) et la débrouille est dans notre ADN. On n’a jamais eu de sous, et nos revenus restent très modestes, alors on bricole, mais on aime ça ! La pochette du premier album de Coilguns, par exemple, pour lequel le label a été créé, s’est faite avec une copine sérigraphe et des sacs de congélation scellés. C’est marrant ! En fait, ce qui a été assez incroyable pour nous, c’est de réaliser à un moment donné qu’on pouvait faire ce qu’on voulait, quand on voulait. Qu’on pouvait avoir un contrôle sur tout le processus. » Il y a donc beaucoup d’ingéniosité et de grandes compétences acquises de fil en aiguille chez Hummus Records, où les mots « entrepreneuriat » et « business » (une fois n’est pas coutume dans le milieu des labels indépendants) sont dorénavant lâchés sans faux-semblants. « On va continuer à se développer comme ça, et si d’aventure certains groupes devaient se faire approcher par de plus gros poissons, nous en parlerions franchement afin de penser au développement de leur carrière avant tout. C’est ça l’objectif finalement, que les groupes puissent vivre de leur musique. Et quoi qu’il arrive nous serons toujours très fiers d’avoir sorti leurs premiers disques ! » 

 

COILGUNS - Millennials

 

La suite !


Dans la liste des projets à venir, il y a concrètement trois sorties début mars : un nouveau Louis Jucker - Kråkeslottet [The Crow’s Castle] -  mais aussi 15 shows in a Cellar - un double album live qui contient 18 titres issues de sa résidence au Cully Jazz 2018 ;  ainsi qu’un Edmond Jefferson & Sons The Winter ; et encore un nouveau Coilguns à l’automne ; et la perpétuation d’une « Hummus fest », mini festival itinérant du label existant depuis trois ans, qui prévoit cette année de voir les choses en grand dans divers lieux partenaires en Suisse.

EDMOND JEFFERSON & SONS - The Winter

 

www.hummusrecords.com

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