Labels indépendants : tentative d’état des lieux

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Bilan d’une série de rencontres, faites de discussions à bâtons rompus, pour essayer de saisir les principaux enjeux d’une réalité en pleine mutation.

Julie Henoch - 2019-05-02
Labels indépendants : tentative d’état des lieux - En route pour aller trouver Robin Girod à La Beque ©Julie Henoch
En route pour aller trouver Robin Girod à La Beque ©Julie Henoch
Labels indépendants : tentative d’état des lieux - Arrivée au bureau d'A Tree in a Field Records  ©Julie Henoch
Arrivée au bureau d'A Tree in a Field Records ©Julie Henoch

Mon premier interlocuteur, dans ce processus d’approche qui durera plusieurs mois, à coup de téléphones, rencontres et bavardages ici et là, a été Robin Girod, du label genevois Cheptel Records, à l’occasion de la résidence artistique regroupant une soixantaine de musicien-ne-s gravitant autour de lui, dans le prestigieux cadre de La Becque à La Tour-de-Peilz. Un peu étrange de se rencontrer dans ce nouvel espace si clinquant, lui que l’on ne croise d’ordinaire que dans de vieilles fermes de type bayou ou salles de concerts archi combles. Musicien à temps plein, ex-Mama Rosin, co-fondateur du label Moi j’connais aujourd’hui disparu, actuel guitariste-chanteur du groupe soul-surf-garage Duck Duck Grey Duck qui connaît un joli succès depuis quelques temps, mais aussi producteur indépendant, Robin a toujours mille et un projets dans sa sacoche et tourne énormément un peu partout dans le monde. Il a donc beaucoup à dire, parfois avec une véhémence toute acidulée. Parlons de « punch », plutôt, tant l’énergie qu’il déploie est conséquente. 

 

La puissance artistique en question

« On dit parfois que je me plains tout le temps, mais non ! Je suis hyper content, sauf que je m’exprime ouvertement quand je ne suis pas d’accord ! Nous sommes vraiment dans un drôle d’écosystème… La scène suisse est à l’agonie depuis toujours. Pas au niveau de la musique qui y est faite, mais en terme de reconnaissance, y compris à l’international. En fait, l’économie de la musique n’existe pas ici, dans la pop en tout cas. Il y a bien deux-trois groupes qui s’en sortent plus ou moins, et aussi toutes ces grosses institutions bureaucratiques comme Pro Helvetia, la Fondation CMA, Swiss Music Export, mais elles sont à mille lieues de la réalité du terrain, et elles font souvent des erreurs décisionnelles majeures. Il y a quelque chose de l’ordre de l’usurpation de la puissance artistique, car nous, nous travaillons le plus souvent bénévolement, dans une forme d’utopie et de retranchement. » En guerre contre les grands courants, il s’est éloigné du phénomène de la réédition qui l’avait séduit un temps, de ce qu’il appelle « la course à la world music », qui dénature des projets musicaux traditionnels et fait continuellement l’apologie du passé. « Rééditer des disques que tu peux trouver à 5 balles aux puces, ça n’a pas de sens. Cheptel Records, ça a démarré entre trois types dans un bistrot qui ont voulu rassembler des gens autour d’une esthétique bien particulière. L’idée c’était de créer une scène à part entière. Une identité. Car la Suisse n’a pas de réelle identité musicale. C’est une chance quelque part, car il y a tout à faire. Capter cette ambiance (avec un regard à ce moment précis sur l’époustouflant panorama du Léman et des montagnes, en photo ci-dessus). Avec Nicolas Scaringella avec qui je fais tout ça, on a maintenant notre troupeau, les groupes nous appellent trois fois par jour, on fait le passe-plat, il y a une émulation, mais sans réel but final, car la musique c’est essentiellement une histoire communautaire. L’administratif prend tellement de temps qu’on ne le fait plus. De toute façon, il n’y a pas de salaire à disposition, et le système associatif, qui est le seul qui pourrait éventuellement en assurer quelques-uns, est truffé d’associations plus ou moins fictives, juste bonnes à grappiller des miettes… Nous, nous avons 17 groupes, qui tournent beaucoup, qui remplissent les salles. On vit des cachets dérisoires des concerts et des ventes du merchandising, mais on ne veut plus quémander et prouver qu’on existe. »

MELISSA KASSAB - Honeycomb (Cheptel Records)

 

Les rôles se sont inversés

Plus calme et posé, il s’agit pourtant du même genre de discours du côté de Three:Four Records, le label dont s’occupe Gaëtan Seguin, rencontré sur une petite terrasse lausannoise. Il a à son actif une cinquantaine de sorties de disques, dont ceux du groupe La Tène qui marche fort en France en ce moment : « Je perds des sous, je fais ça par passion depuis 10 ans. Le label est connu dans le monde des musicien-ne-s, grâce au bouche-à-oreille, mais je n’ai pas d’ambition ni de mission, je suis juste un type qui sort des disques, avec un boulot à côté. En fait en Suisse, certains groupes vivent bien, enfin, certains parviennent à survivre sans autre job alimentaire, mais les structures qui les encadrent, elles, vivent mal. »

LA TENE - La Thouraz di Sopra (Three:Four Records)

 

C’est un fait, le rôle du label, avec son légendaire producteur à cigare qui investit dans ses artistes a bel et bien disparu. A quelques exceptions près – toute mesure gardée - comme Two Gentlemen, puisqu’ils sont à la fois tourneur, manager et label des quelques rares artistes suisses à avoir une carrière internationale conséquente – Sophie Hunger, The Young Gods, Erik Truffaz – ce qui leur permet d’opérer un certain ruissellement sur l’ensemble de leurs artistes. Mais pour la plupart, ce sont à présent les musicien-ne-s qui financent de leur poche et tant bien que mal le travail des gens de leur label, qui ne garde de son prestige d’antan que la valeur qualité ou le sentiment d’appartenance, quand il n’est pas un fantôme servant à remplir les critères obligatoires d’obtention de subvention. Ce méli-mélo ne concerne pas que la Suisse, c’est une tendance générale qui se dessine. Même Daniel Miller, boss du très prestigieux label Mute Records (Depeche Mode, Kraftwerk, Nick Cave, etc), croisé à Lausanne à l’occasion d’une masterclass qu’il donnait à l’HEMU (ndlr : Haute Ecole de Musique de Lausanne) le dit : « Nous ne signons vraiment plus beaucoup d’artistes. En fait, le disque ne se vend plus. On continue à en faire, mais c’est devenu une simple carte de visite qui permet aux groupes de tourner. Il faut se diversifier pour survivre, et l’essentiel du marché se trouve très clairement sur Internet, où tout va très vite. »

SOPHIE HUNGER - Tricks (Two Gentlemen)

 

Faisons ici une pause. N’y a-t-il pas là un vrai problème, qui demande un certain effort de réflexion ? Dont la complexité freine la possibilité d’en faire une bonne synthèse ? Et qui, évidemment, ne peut, en l’état, réussir à remonter correctement et dans les temps jusqu’aux instances décisionnelles et politiques qui, elles, soumises à une latence exécutive toute administrative, continuent à se baser sur une réalité désormais complètement révolue ? Absolument.

Un marché diablement compliqué

Christian Wicky, autrefois chanteur et guitariste des Favez, groupe de rock lausannois phare de la fin des années 90, travaille désormais à plein temps pour Irascible, principal distributeur des labels indépendants suisses, travail diversifié qui consiste à rendre accessible la musique à tout un chacun, via disquaires, plateformes web, journalistes, etc. Il est aussi investi dans la défense des droits des labels et leur représentativité politique en officiant au sein d’IndieSuisse : « En résumé, c’est du lobbying, une structure qui regroupe les labels indépendants suisses. Tous ensemble ainsi réunis dans cette entité, nous pouvons monter au créneau pour faire valoir certains droits au niveau national. » Des structures de ce genre existaient déjà en Europe, comme l'IFPI, Fédération Internationale de l’industrie phonographique, qui possède des antennes dans de nombreux pays, dont une en Suisse, qui regroupe les labels musicaux tous genres confondus. Seul hic, « la part de marché des grandes maisons de disques y est de près de 65%, cela crée des problèmes juridiques et des conflits d’intérêts. Puisqu’elles contrôlent le marché, elles ne vont aller à l'encontre de leurs propres intérêts », nous explique Andreas Ryser dans un grand open space bernois où il occupe deux petits bureaux et un studio d’enregistrement, patron du label Mouthwatering Records et président d’IndieSuisse. L’une des grandes victoires de cette association née en 2014 a été de contribuer à accélérer le changement du système de répartition de SWISSPERFORM pour les producteur-trice-s de phonogrammes. Dans l’ancien système fondé sur le chiffre d’affaires, la répartition des redevances entre les producteur-trice-s se faisait en fonction de leur part de marché commercial,  ce qui prétéritait forcément les petites structures indépendantes au profit des grandes maisons de disques - les fameuses « majors », comme les nomme le jargon du milieu. « Dorénavant, chaque passage radio est comptabilisé et payé en tant que tel. Cela nous aura pris quatre ans, mais c’était très important, car des radios publiques comme Couleur 3 ou SRF3, par exemple, diffusent énormément de musique issue de labels indépendants. » L’enjeu était de taille, car c’est une particularité suisse, dues aux frontières linguistiques, que d’avoir autant de radios nationales, mais aussi de radios privées conséquentes. Les disques des labels indépendants sont donc largement radiodiffusés dans notre pays. Tout le marché génère plus de 10 millions de francs par an. Autant que cette somme tombe directement dans les bonnes poches…
(Ndlr : Plus d'informations sur le nouveau système de répartition ici)

Un cran en dessus, il existe Impala, l’association faitière des labels indépendants internationaux (qui compte de grands labels comme PIAS, Beggars, ou Domino, pour n’en citer que quelques-uns), et dont fait également partie IndieSuisse. A nouveau, ainsi regroupés en une seule forte instance, Impala parvient à avoir suffisamment de poids au niveau international pour pouvoir discuter avec des géants de la musique comme Youtube ou Spotify. Pour mémoire, les artistes doivent à Impala le fameux « article 13 » qui oblige dorénavant Youtube à rémunérer les créateur-trice-s de contenus. 

BLACK SEA DAHU - In case I fall for you (Mouthwatering Records)

 

Un problème tout helvétique : l’atomisation

Récapitulons : le disque physique ne se vend presque plus ; les musicien-ne-s et labels continuent à en faire juste pour le plaisir et celui de quelques afficionados qui les achètent de main à main ; il est impératif d’inscrire le « bénéfice joie » à son chiffre d’affaire (quand il y en a un) pour pouvoir supporter la situation ; le marché de la musique est devenu si compliqué que certains ont même capitulé et cessé d’espérer en faire un revenu ; d’autres tentent au mieux de défendre leurs droits.
Quid de la musique dans tout ça ? « Je trouve qu’il y a une qualité jusqu’ici inégalée. Le niveau est monté à fond ! », nous raconte Edgar Cabrita, documentaliste à la RTS (ndlr : ensemble des chaines de télévision et de radio de la Suisse francophone), en charge de sélectionner et de procurer les nouvelles sorties pour l’immense discothèque de la radio, où iront s’approvisionner animateur-trice-s et programmateur-trice-s. Lui-même a longtemps officié au sein de Rec Rec Music, une coopérative faisant office de label puis de distributeur en Suisse, spécialisée dans les musiques expérimentales, le free jazz et le rock, qui a mis la clef sous la porte en 2007 et dont la majorité du catalogue a été transmise à Irascible. « On ne survivait déjà pas avec les ventes de disques à l’époque, car ce qu’on sortait était trop pointu. Le service de distribution avait été développé pour faire survivre le label. On distribuait donc aussi des labels indépendants étrangers, comme Crammed Discs ou World Circuit, et ce dernier a d’ailleurs été la cause de nos courtes heures de gloires financières en 1997-1998, puisque c’était le label du Buena Vista Social Club, dont le disque s’est vendu à plus de 100'000 exemplaires… L’idée de départ du fondateur de Rec Rec, Daniel Waldner, c’était de sortir du carcan des « majors », que chaque employé-e possède des parts de la coopérative pour vivre de sa passion. Ça a marché un temps, mais à un moment donné, je me suis dit qu’il fallait que je fasse autre chose car ça allait mal finir ! »
Son emploi à la radio lui permet de continuer à baigner dans le monde du disque, et de s’investir sur la promotion de certain-e-s artistes, à côté, toujours pour le plaisir. « Le problème, c’est qu’il y a plein de gens qui font plein de choses dans leur coin et dont on a aucune idée. » Tou-te-s les interlocuteur-trice-s que j’aurais le diront : en Suisse, on est champions pour faire les choses chacun de son côté. « Il faudrait un endroit pour centraliser toutes ces infos », continue Edgar Cabrita. « Personnellement, je tâche de prospecter comme je peux, et j’avoue, je bosse beaucoup avec Spotify actuellement. » 

WOLFMAN - Mad Woman (Irascible Records)

 

Mais alors, où va-t-on ? 

« Tout est très instable, on est dans l’expérimental. Je pense que le streaming va continuer à augmenter, mais c’est tant mieux » me dira Christian Wicky, lors d’un petit café sur le muret devant les locaux d’Irascible, partagés avec le label Two Gentlemen. Il y a quelques années il était commun de s’insurger sur la digitalisation de la musique, et les revenus dérisoires que généraient les téléchargements. Concernant le streaming, le discours a changé. « En fait, Itunes n’existe presque plus, sauf en Suisse où quelques personnes continuent à payer 1.30 CHF pour downloader un morceau, mais ça ne génère plus de réels revenus. Par contre on peut faire pas mal d’argent avec le streaming ». Ah bon ? « Oui, en un sens le streaming est pire que le download, puisqu’un stream rémunère l’artiste 0,0045 centimes. En gros, il faut 1'000'000 de streams pour toucher 4'500 CHF. Mais un million de streams, ça va vite, et surtout, ça dure plus longtemps. » C’est Andreas Ryser qui, patiemment, à coup de tableaux excel sophistiqués, parviendra à me faire saisir ce bouleversement fondamental : « Tout a changé financièrement parlant. Avant, tu achetais ton disque avant de l’écouter, puis tu le rangeais dans ta discothèque et puis voilà. Le streaming c’est bien car les gens ont un accès facilité à la musique, et s’ils aiment un album, ils l'achèteront peut-être au groupe lorsqu’ils iront le voir en concert. Mais surtout, sur les plateformes, c’est écouté sur le long terme. Si ton titre est sélectionné dans une playlist Spotify, là c’est bingo ! » Il faut savoir que Spotify reçoit dorénavant 40'000 nouvelles chansons par jour, et propose donc 280'000 nouvelles chansons par semaine. « Par semaine ! » s’exclame Andreas Ryser en sautant sur sa chaise, « on ne peut même plus parler de concurrence, c’est une pure folie ! » Mais la plateforme, en plus des algorithmes qui proposent automatiquement des morceaux selon les préférences des internautes, possède une équipe de 300 personnes, des programmateur-trice-s spécialisé-e-s, qui sélectionnent et ont un rôle de curation très important. « Si ton morceau est repéré et déposé dans l’une des grandes playlists éditoriales, c’est écouté et réécouté des millions et des millions de fois, sur plusieurs années, et cela peut te procurer un revenu fixe et conséquent par mois, si ça marche bien pour toi et que tu as trouvé ton public. » 

Une bonne partie des labels indépendants font donc actuellement un grand travail de back office, « une vraie guerre à la visibilité sur Internet », et ne peuvent désormais se passer de nouvelles structures de distribution apparues sur le marché, les DSP : digital service providers, ou spécialistes des plateformes online, qu’on mandate expressément pour ça. « Ce qui est sûr aujourd’hui, ajoute Christian Wicky, c’est qu’en étant seuls et fragmentés, on ne peut plus gagner d’argent. Plus que jamais, l’union fait la force. D’ici cinq ans, je pense qu’on va trouver un point d’équilibre, toute la redistribution des cartes sera faite, et on sera étonnamment plus forts qu’en l’an 2000. Le marché du disque physique quant à lui ne va pas beaucoup bouger, les artistes continueront à en faire, pour le plaisir, la vente directe via leurs sites web ou Bandcamp, ou lors des concerts. Mais les gros sous, eux, viendront du streaming. »

Capitalisme et schizophrénie

Marlon McNeill, boss du label A Tree in a Field Records, mais aussi secrétaire d’IndieSuisse, résume à lui tout seul la schizophrénie dans laquelle se trouvent aujourd’hui la plupart des labels indépendants : « Comme beaucoup d’autres, j’ai monté mon label un peu naïvement, pour créer une identité, un logo, sortir les disques des copains, qui se foutaient d’ailleurs un peu de moi à l’époque, jusqu’à Fai Baba, en 2010, qui est le premier artiste que je ne connaissais pas personnellement. Sa musique a bien marché, alors on a continué à grandir ensemble. J’essaie de garder cet enthousiasme, et surtout de rester honnête dans ce business. J’investis essentiellement de mon temps, les artistes me rémunèrent un peu ou je fonctionne au pourcentage suivant les cas, je gagne un peu d’argent en tant que secrétaire d’IndieSuisse, mais en gros je travaille énormément bénévolement si on fait le compte. Comme tout le monde, je fais du multitasking. Les médias sociaux, c’est une drogue, vraiment, ça détruit ton âme. Ça prend un temps fou, mais il faut y être. Je me pose régulièrement de sérieuses questions quant à mon rôle là-dedans, dans ce capitalisme effréné, ce marché qui fait que tout ce que nous faisons ici dans ce bureau est comme secondaire, loin de la musique actuelle, qui est pourtant avant tout un truc social. Mais là, tous ces events, ces trucs corporate, cette obligation de visibilité, c’est assez toxique. » Devant son joli petit bureau cosy, dans une arrière-cour bâloise où trône nonchalamment un bel arbre, un certain spleen est palpable par moment. On évoque cette fâcheuse tendance qu’a le capitalisme de créer des structures complexes, mais vides de contenu, que tout un chacun alimente et fait fonctionner gratuitement, comme les caisses enregistreuses, Youtube, Facebook, etc…  C’est une tendance qui menace même les secteurs de niche comme les labels indépendants. Mais une lueur, candide et volontaire, rallume le regard de Marlon McNeill par moments : « Ce qu’on essaie de faire, notamment avec IndieSuisse, c’est trouver de nouveaux fonds qui financeraient les labels pour leur permettre de subsister, sans en prendre aux artistes ! Un travail de sensibilisation et d’information nécessaire, afin que les politiques se rendent compte de la situation. La musique c’est hyper important dans une société, c’est de l’éducation, de la culture, c’est bon pour le cerveau… Les choses commencent à bouger gentiment, il y a de nouvelles choses comme le super festival One of a Million à Baden, qui invite les politicien-ne-s et ouvre la discussion. Tou-te-s hallucinent lorsqu’ils-elles comprennent dans quelles conditions nous travaillons. C'est une réalité trop loin de la leur. Notre but est de créer un rapprochement.» 

FAI BABA (A Tree in a Field Records) - Live on KEXP


La question de la pertinence d’un soutien étatique fait parfois débat, et certain-e-s, comme Jonathan Nido, jeune loup débrouillard et chaux-de-fonnier d’Hummus Records, parvenu à créer une communauté autonome florissante (voir notre article) relativise : « est-ce que c’est bien que l’Etat finance ce genre d’activités, qui sont malgré tout de l’ordre du business ? Je ne sais pas… » Le vrai problème serait-il ailleurs ? « La musique, c’est comme le foot, analyse Andreas Ryser, il devrait y avoir plusieurs ligues, A, B, C, D. Mais tout le monde veut être en ligue A, générer de l’argent avec sa musique, en faire sa profession au lieu d'un simple hobby. Il y a trop de monde sur le marché en Suisse, trop de prétentions, de réelles différences de qualité, et au niveau institutionnel, il y a clairement un manque de compétences pour en juger. » Avant d’ajouter ce que nous prendrons, faute de mieux pour l’instant, comme mots de la fin : « Nous vivons un moment important, très intéressant, ou plutôt complètement fou pour l’industrie musicale, où plusieurs conceptions du métier se rencontrent et sont contradictoires. Il y a énormément à faire pour professionnaliser le secteur et définir son mode de fonctionnement. »

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